Recension du recueil « Ma maison la Terre – Madre Terra » Par Angèle Lux

 


Recension publiée dans la Revue du tanka francophone


En français et en italien, sous la direction de Nadine Léon (qui en a assuré également la traduction) et publié aux Éditions du tanka francophone, sous la direction de Patrick Simon, le collectif de tankas et de haïkus « Ma Maison la Terre - Madre Terra » regroupe les textes de 56 poètes de 12 pays.

Les textes sont issus d’un mouvement poétique international et d’un réseau pour la défense de notre Terre Mère. L’ouvrage, un véritable pont poétique entre langues, cultures et sensibilités, au croisement de la poésie, de l’écologie et de la solidarité, nous invite à réfléchir sur notre lien intime à la terre et « à nous laisser poétiquement habiter par la nature ».

Mais le projet ne s’arrête pas à la beauté des mots. Pour célébrer sa parution, une plantation de palétuviers a été financée en Tanzanie, contribuant à restaurer les mangroves, remarquables pièges à carbone et refuges pour la biodiversité, considérées comme l’une des solutions durables face au changement climatique. Un soutien a également été apporté au centre Plastic Free, engagé dans le sauvetage des tortues marines menacées par la pollution.

Si à peu près le quart des textes retenus sont des haïkus, les autres sont des tankas, une forme poétique japonaise millénaire, composée de 5 vers (5-7-5-7-7 syllabes), qui exprime souvent, avec délicatesse, un instant de vie, une émotion ou un paysage intérieur. Plus souple que le haïku, il permet une voix plus personnelle, parfois narrative ou méditative, ce qui convient à un recueil de ce genre. C’est pourquoi ce sont des tankas que j’ai choisi de vous présenter ici, des textes qui témoignent de la richesse et de la diversité des voix réunies dans ce collectif.

Feuille après feuille

Le vent secoue ses branches

jusqu’à sa nudité

te rappelles-tu maman

nos promenades d’automne?

Françoise Maurice, France (p. 17)

Le tanka de Françoise Maurice associe la nudité de l’arbre à la mémoire maternelle. Dans cette écriture de la perte et du souvenir, la nature devient médiatrice entre le passage des saisons et la fragilité des liens humains.

Celui de Nadine Léon frappe par son intensité sociale. En peu de mots, il oppose la blancheur de la neige et l’attente des enfants à la brutalité de l’exil. La poésie, ici, se fait témoignage et conscience, ouvrant une fenêtre sur la précarité et l’innocence menacée.

Camp de réfugiés

enseveli sous la neige

des enfants en file

pour un peu de soupe chaude

que connaissent-ils du monde?

Nadine Léon, France/Italie (p.33)

Avec son tanka, Patrick Simon nous livre, lui, une méditation entre paysage et intériorité. Le mouvement du fleuve et la présence de la lune deviennent écho de l’émotion personnelle, comme si l’homme, face à la nature, retrouvait sa vulnérabilité. J’en ai également beaucoup savouré le jeu de mots « Et moi/Émoi »

   

Dans le bleu du ciel

la lune encore visible

bouleaux sans feuille

le fleuve frémit encore

émoi- je reste sans voix

Patrick Simon, France/Canada (p.19)

     

Quant au texte de Jean-Luc Favre, il est profondément musical : le chêne devient orchestre, les oiseaux contre-chant. La métaphore de la polyphonie naturelle met en lumière l’harmonie fragile entre force végétale et fragilité animale.

Les voix de basse

des branches du vieux chêne

sous le Sirocco

à l’abri dans leur nid

les oiseaux en contre-chant

Jean-Luc Favre, Suisse (p.68)

Celui d’Angela Giordano illustre la dimension spirituelle de ce recueil. Le contact avec la terre, les bras entourant le vieux chêne, résonnent comme une prière, un geste d’ancrage et de gratitude.

Les pieds nus

dans l’herbe nouvelle

un lent mantra

je serre entre mes bras

le plus ancien des chênes

Angela Giordano, Italie (p. 78)

Enfin, le tanka de Mariem Garaali nous ramène à l’intime : l’insomnie, la pluie, le bruissement de l’âme. Ici, la nature est miroir du vécu intérieur, transformant la solitude nocturne en chant apaisant.

Lune décroissante

longue nuit sans sommeil

j’écoute la pluie

le bruissement de mon âme

devient une chanson douce

Mariem Garaali, Tunisie (p.107)

Ces exemples montrent bien que le recueil, au-delà de la diversité géographique des auteurs, tisse une même trame : celle d’une humanité consciente de son appartenance à la Terre, où chaque voix ajoute une nuance au grand chant collectif.

Pour commander le recueil: 

https://www.revue-tanka-francophone.com/editions/catalogue_editions_tanka.html#Ma_maison

Coût: 15 euros/20$ CAD plus 5 euros pour les frais d'envoi

Livre associé à plantation d’arbres

Ce recueil collectif fait partie du mouvement poétique international Ma maison la Terre désireux de transmettre un sentiment de connexion avec la nature et de respect pour le vivant. 

Il est associé à des plantations d'arbres à l’intérieur d’activités d’agroforesterie, y compris un don de soutien au mouvement Plastic Free et aux tortues marines, par l'intermédiaire de l'entreprise toscane Treedom.

En 2025 et seulement 6 mois notre Forêt a vu naître 14 arbres, à cette heure nous en avons 15 et d’autres sont en arrivée... ceci grâce aux droits d’auteurs et aux diverses offertes.

Pour une planète plus verte et soutenir la biodiversité, vous pouvez vous aussi contribuer à la plantation d'arbres en achetant un livre.

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